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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 07:15

C'est en me balladant sur le blog de Clarabel il y a quelques semaines que je suis tombée sur son article concernant cet auteur que je ne connaissais pas du tout. Et immédiatement, j'ai eu envie de découvrir ses oeuvres. J'ai choisi de commencer par La femme de Gilles, le roman qui a fait connaître Madeleine Bourdouxhe, et j'ai bien fait!

 


L'histoire :

Elisa est mariée à Gilles, ils forment un couple uni. Ils ont deux petites filles, des jumelles et Elisa attend un troisième enfant. Mais un soir, alors que Victorine, la soeur d'Elisa vient leur rendre visite, tout bascule. Gilles est pris soudain d'un désir immense pour sa belle-soeur qui s'empresse de s'engager dans la brèche car s'"il y en a chez qui le coeur se développe d'une façon démesurée, pour Victorine, c'était le sexe qui prenait toute la place." C'est alors le début d'une histoire, histoire d'amour pour Gilles qui semble complètement sous l'emprise de sa belle-soeur, mais histoire de sexe pour celle-ci qui ne se contente pas d'un seul amant. Mais Elisa n'est pas dupe, et dès le premier soir, ses soupçons sont éveillés.Soupçons qui deviendront très vite une certitude. Mais Elisa se tait car elle ne veut pas perdre Gilles, et elle endure toutes ces souffrances en silence. Et comble du sacrifice, elle devient même la confidente de Gilles, le consolant lorsque Victorine s'éloigne de lui.


Que de souffrances dans ce roman... et comme j'ai souffert avec Elisa. Une lecture sublime, mais vraiment difficile. Comment supporter le silence d'Elisa? On aurait presque envie de la secouer, de la faire réagir. Mais la peur de perdre Gilles est plus forte que son amour-propre, car comme le suggère le titre, Elisa ne semble exister qu'au travers de son mari.
Un mari à qui j'ai souvent eu envie de mettre des claques. Comment peut-il être aussi faible? Il est d'autant plus odieux que sa femme porte son enfant et qu'il l'abandonne au moment où elle a sans doute le plus besoin de sentir sa présence.
Et j'ose à peine évoquer Victorine tant j'ai éprouvé de la colère à son encontre. Trahir sa propre soeur pour une histoire de fesses... J'avais envie de l'étrangler. D'ailleurs, dans une scène particulièrement violente, Victorine est battue et j'avais presque envie de dire "bien fait!". Je sais, c'est très mal, mais Madeleine Bourdouxhe a un don pour susciter des émotions très vives et la douleur de Victorine semble bien légère en comparaison à celle qu'elle fait endurer à sa soeur.Je ne suis pas ressortie indemne de cette lecture et j'ai hâte de poursuivre ma découverte de cet auteur.

Un morceau de souffrance :

"Et il y ces nuits toutes pareilles où Elisa reste éveillée de douleur devant Gilles endormi. Elle avance les mains vers lui, l'effleure légèrement, approche son visage tout doucement pour ne pas l'éveiller : comme une chatte fureteuse elle découvre sur ce corps une odeur étrangère."

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 17:20

Honte à moi, je n'avais encore jamais lu Jane Austen. L'envie m'est venue à force de lire de nombreux articles sur la blogosphère, tous plus tentants les uns que les autres. C'est donc tout naturellement qu' Orgueil et préjugés, le plus connu de tous est venu rejoindre ma PAL. Le lancement d'un challenge par Fashion et l'engouement qu'il a suscité m'ont poussée à le faire remonter en bonne place. Et je peux dire maintenant que j'ai lu mon premier Austen et que ce ne sera pas le dernier!


Difficile de résumer un livre qui l'a déjà été moultes fois et que tout le monde connaît, mais je me lance. Il y en reste peut-être quelques-unes à convaincre dans la blogosphère!

Nous suivons dans ce roman les aventures de la famille Bennet qui compte cinq filles. Madame Bennet n'a qu'une préoccupation dans la vie : marier ses filles avec les meilleurs partis possibles. Le roman commence par l'arrivée de Mr. Bingley à Netherfield Park, un domaine tout proche et dès les premières lignes le ton est donné : " C'est une vérité universellement reconnue qu'un célibataire pourvu d'une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l'on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu'il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l'esprit de ses voisins qu'ils le considèrent sur le champ comme la propriété légitime de l'une ou l'autre de ses filles". Et en effet, Mr. Bingley ne reste pas longtemps insensible au charme de Jane Bennet, l'aînée de la famille. Mais c'est finalement la relation entre Mr. Darcy, le meilleur ami de Mr Bingley et Elizabeth Bennet qui se trouve être au centre du roman. En effet, Darcy s'offusque d'abord des prétentions de son ami auprès d'une jeune fille si peu riche que Jane. Il fera tout pour l'en éloigner jusqu'à ce qu'il soit contraint de s'avouer qu'il éprouve lui aussi des sentiments pour Elizabeth... Et pour que ces relations soient possibles, il va falloir lutter contre tout les préjugés qui gouvernent l'Angleterre du XIXè siècle, et mettre son orgueil de côté. Choses difficiles à une époque où seules les apparences comptent!

Ce roman est une véritable petite merveille. Jane Austen a un talent incontestable pour dépeindre la société de son temps et en dénoncer les travers. En effet, ses personnages sont si bien construits qu'on s'y croirait! D'ailleurs, je me suis demandée au début du roman pourquoi toutes les blogueuses semblaient sous le charme de Darcy alors que je le trouvais profondément arrogant et antipathique. Puis, peu à peu, sous la plume de l'auteur, le véritable caractère du personnage se révèle, et à l'image de Lizzie, on ne peut être que charmée! Lizzie, parlons-en, c'est incontestablement le personnage que j'ai préféré dans ce roman, j'ai aimé son attitude provocatrice, son non-respect des convenances et l'indépendance qu'elle réclame. Quel caractère! Et il en faut pour tenir tête à lady Catherine... j'ai trouvé ce passage particulière délicieux et j'ai beaucoup ri!

J'ai beau chercher, je ne trouve rien à redire à ce roman, ce fut un moment de lecture vraiment très plaisant. Si plaisant que j'ai acheté cet après-midi Lady Susan pressée de me replonger dans l'univers austinien... La grande question maintenant est : vais-je résister au challenge proposé par Fashion?

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 20:49
 

Je pensais avoir lu tous les Nothomb sortis en poche mais je suis tombée sur Acide sulfurique en flanant sur le stand du Livre de Poche au salon du livre. Je n'ai pas hésité une seconde malgré ma légère déception lors de la lecture des derniers Nothomb. Eh bien, je suis ravie, j'ai retrouvé dans ce livre la verve cynique de l'auteur que j'avais tant appréciée dans ses premiers romans.


 

L'histoire :


La nouvelle émission de télé-réalité à la mode s'intitule « Concentration ». Pannonique est victime d'une rafle un matin au Jardin des Plantes et rejoint le camp qui est calqué sur les camps de concentration nazis : chaque jour, les plus faibles sont envoyés à la mort. Les autres tavaillent durement avant de rejoindre les baraquements où ils s'entassent. Les prisonniers sont surveillés par les kapos qui n'hésitent pas à les battre violemment, augmentant ainsi l'audience de l'émission. Mais Pannonique qui s'est vu attribué le nom de CKZ 114 n'est pas une prisonnière comme les autres, et le kapo Zdena ne reste pas insensible à son charme.


J'ai adoré ce livre. Il soulève le problème de la télé-réalité et de ses limites en nous montrant une émission poussée à l'extrême : il s'agit de toujours aller plus loin dans la violence et la haine pour conserver l'audimat : « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus : il leur en fallut le spectacle. » Et il fallait oser reprendre à son compte les camps de concentration... Cela nous interroge sur le spectateur voyeur, que peut-on montrer, jusqu'où peut-on aller? Qui est responsable : celui qui produit l'émission ou ceux qui la regardent et en font le succès?

Je me suis beaucoup attachée au personnage de CKZ 114 qui refuse de se plier aux règles et qui lutte contre la déshumanisation. Et je l'ai trouvée sublime dans son rapport à Zdena : CKZ 114 refuse de céder à ses avances, même contre sa liberté, alors que d'autres seraient prêts à perdre leur vertu pour un morceau de pain...

Un livre magnifique, vraiment, même s'il ne semble pas faire l'unanimité. Peut-être est-ce la comparaison avec les camps de concentration qui dérange? Pour ma part, j'y ai retrouvé Nothomb telle que je l'aime, originale, audacieuse, provocante et inconvenante.

Et une mention spéciale pour la couverture que je trouve magnifique.

«  Dire qu'ils sont là, avachis devant leur poste, à savourer notre enfer, en feignant sûrement de s'en indigner! Il n'y en a pas un pour venir concrètement nous sauver, cela va de soi, mais je n'en demande pas tant : il n'y en a pas un pour éteindre son téléviseur ou pour changer de chaîne, j'en mets ma main à couper. »


« Le sommet de l'hypocrisie fut atteint par ceux qui n'avaient pas la télévision, s'invitaient chez leurs voisins pour regarder « Concentration » et s'indignaient :

- Quand je vois ça, je suis content de ne pas avoir la télévision! »

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 19:31

Cette jolie couverture fleurit sur les blogs depuis quelques semaines, et généralement les avis sont très enthousiastes. Je ne vais donc pas être très originale car j'ai moi aussi beaucoup appécié cette lecture!


L'histoire :

Alice et Mattia sont deux jeunes adolescents lorsqu'ils se rencontrent. Eux qui vivent habituellement dans une très profonde solitude sont immédiatement attirés irrémédiablement l'un envers l'autre. Tous les deux ont un lourd passé qui leur a laissé un traumatisme avec lequel ils devront vivre toute leur vie. Alice a été victime d'un accident de ski alors qu'elle était toute jeune et l'une de ses jambes en conserve des séquelles : elle boîte. Elle a également beaucoup de mal à accepter son corps et souffre d'anorexie. Mattia, quant à lui est responsable de la disparition de sa soeur jumelle Michela. Cette enfant autiste le privait de relations normales avec ses camarades de classe jusqu'à ce qu'il l'abandonne dans un parc le temps d'une fête. Michela ne sera jamais retrouvée et Mattia se mutile le corps pour se punir.

Ces deux êtres, écorchés vifs dans leur corps et dans leur âme, semblent se reconnaître. Ils deviennent amis. Pourtant, leur relation reste difficile, comme s'il leur était impossible de poser des mots sur leurs sentiments. Le destin les sépare et les relie à nouveau, ils peuvent rester plusieurs semaines sans s'appeler mais ils savent que l'autre n'est pas loin " car Mattia et elle étaient unis par un fil élastique et invisible enseveli sous un fatras insignifiant, un fil qui ne pouvait exister qu'entre deux individus de leur espèce, deux individus qui avaient reconnu leur solitude dans celle de l'autre".

J'ai été bouleversée par cette lecture. Paolo Giordano fait un récit magnifique et soulève le problème de la communication. Il dépeint l'être humain comme un être profondément seul avec lui-même. Mattia et Alice ont tous les deux des relations difficiles avec leurs parents et l'amour n'est pas suffisant pour amener la compréhension et la tolérance. Et même Mattia et Alice qui se sont pourtant "reconnus" au premier regard semblent sans cesse passer à côté de leur véritable histoire, comme s'ils n'osaient pas quitter leur solitude, devenue rassurante.
L'écriture est très belle, tantôt dure ( on souffre réellement avec les personnages, et certains passages sont très difficiles ), tantôt poétique. Une très belle découverte et une franche réussite pour un premier roman. Je n'hésiterai pas à me précipiter sur les prochains titres de ce jeune auteur italien.

Je remercie bien entendu Suzanne de
Chez les filles ainsi que les éditions du seuil.
Vous pouvez lire d'autres avis
chez Neph ou chez Stephie et chez bien d'autres encore ( n'hésitez pas à vous signaler en commentaire...)

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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 09:23

Après avoir lu le premier tome je savais que je ne résisterais pas longtemps avant de commencer le deuxième... Et en effet, je n'ai pas résisté, et ma seule hâte maintenant est de commencer le troisième! Heureusement que j'ai acheté les tomes 3 et 4 au salon du livre car j'ai très envie de poursuivre l'aventure!

L'histoire :

On retrouve avec plaisir notre joyeuse bande du 28 Barbary Lane et leur logeuse Anna Madrigal. Dans les premières pages, l'auteur fait quelques rappels de ce qui s'est passé dans le tome 1, permettant de remettre les choses dans leur contexte, et je me suis même dit que l'on pouvait tout à fait lire ce tome 2 sans avoir lu le premier.

Mary Ann et Mickaël surnommé affectueusement Mouse partent pour une croisière au Mexique. Se faisant passer pour un couple marié auprès des voyageurs coincés avec qui ils partagent leur repas, ils en profitent par ailleurs pour chercher ensemble l'homme idéal. Et le charme de Burke ne les laisse pas insensibles. Mais ce dernier est-il hétéro ou homo? Nos deux amis découvrent très vite que Burke est amnésique et que son passé cache un effroyable secret qu'ils vont tenter d'identifier...

Mona, quant à elle, quitte quelque temps Barbary Lane. Elle désire respirer et se remettre en question. Dans sa fuite, elle croise une vieille dame nommée Mother Mucca qui lui offre une place de standardiste dans le bordel dont elle est la tenancière. C'est dans ce lieu que Mona va faire des découvertes étonnantes sur son passé.

Brian a emménagé dans l'appartement sous le toit depuis l'étrange disparition de Norman, l'ancien locataire. Et chaque soir, à minuit, il se livre à d'étranges ébats virtuels avec une non moins étrange femme qui vit dans l'immeuble juste en face.

Anna Madrigal règne toujours sur ce petit monde, partageant avec ses locataires l'herbe qu'elle cultive dans son jardin. Seule depuis la mort d'Edgar, elle décide de révéler son terrible secret. Nous allons de surprise en surprise au fil du livre, découvrant de nouvelles facettes de ce personnage. Mais je doute que tout soit révélé...

Comme pour le premier tome, j'ai été immédiatemment embarquée dans les tribulations de ces joyeux personnages. J'adore la manière dont c'est écrit, on saute d'une intrigue à une autre toutes les deux pages mais ces intrigues restent néanmois très étroitement mêlées, et à aucun moment, je ne me suis sentie perdue. J'ai beaucoup (sou)ri, mais certains passages m'ont également émue. Je trouve d'ailleurs le personnage de Mouse particulièrement émouvant dans ce tome. Bref, une réussite encore! Je n'ai qu'une hâte : me plonger dans le prochain tome! Et je ne peux que vous recommander cette délicieuse saga!

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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 17:07

   Ce livre a immédiatement attiré mon attention dimanche sur le stand du livre de poche, tout d'abord parce qu'il est légèrement plus grand qu'un livre de poche "classique", mais aussi parce que la première de couverture est divinement "fille" : du violet, des étoiles pour remplacer les points sur les "i" et du vernis à ongles, rouge s'il vous plaît! Il n'en fallait pas plus pour me plaire. Et en l'ouvrant, j'ai eu la surprise de découvrir des dessins absolument charmants! Et comme une surprise ne vient jamais seule, j'ai eu le plaisir de me voir offrir un joli carnet de Pénélope Bagieu lors de mon passage en caisse! Un carnet dans lequel je ne manquerai pas de consigner les prochains titres qui viendront s'ajouter à ma PAL.

Mais je m'égare... Je n'ai pas pu résister très longtemps et j'ai dévoré ce livre sur la route du retour, bien qu'habituellement j'évite de lire en voiture car cela me rend malade.

Un vrai petit bijou! Les dessins à l'image de la couverture sont très colorés : du rose, du violet, du jaune , du vert... un régal pour les yeux! Et à chaque page, on trouve un dessin qui représente un épisode, un événement, une situation comique dans laquelle chaque vraie fille peut se retrouver. J'ai vraiment beaucoup ri, et je me suis retrouvée dans bon nombre de ces situations, ponctuant ma lecture de "ah, mais c'est tout moi!" ou encore de "oui, c'est exactement ça, je ne suis donc pas la seule!"... Pour celles qui le liront, allez donc jeter un oeil à la double page Scène d'une violence insoutenable et vous découvrirez une situation tragi-comique dans laquelle je me suis retrouvée un jour...Shopping, ménage, famille, relation avec la banquière, rien ne manque et à chaque page, c'est le rire assuré!!

Bref, je ne peux que vous le conseiller!
Vous pouvez également consulter le blog de Pénélope su lequel on retrouve une partie des illustrations, les autres étant des inédits.

Et rien que pour le plaisir :

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 19:16
 

Plus jeune, j'ai lu énormément de livres en rapport avec la seconde guerre mondiale, mais je ne me suis jamais vraiment intéressée à la première. Je découvre donc assez tard ce chef-d'oeuvre de Marc Dugain. Et finalement, ce n'est sans doute pas plus mal car je n'aurais sans doute pas connu la même émotion il y a dix ans.

 L'histoire :


Nous sommes en 1914. Adrien, jeune officier part prendre ses quartiers dans la Meuse. Lors de sa correspondance à la gare de l'Est, il rencontre Clémence venue accompagner celui qui doit devenir son mari après la guerre. Ils passent une nuit ensemble mais Adrien doit partir. Seulement Adrien ne connaîtra pas la guerre des tranchées : dès les premiers jours, alors qu'on l'a envoyé en reconnaissance, il est très grièvement blessé au visage par un éclat d'obus. Lorsqu'il reprend connaissance, c'est le choc et le verdict est sans appel : «  Béance totale des parties situées du sommet du menton jusqu'à la moitié du nez, avec destruction totale du maxillaire supérieur et du palais, décloisonnant l'espace entre la bouche et les sinus. Destruction partielle de la langue. Apparition des organes de l'arrière-gorge qui ne sont plus protégés. » Adrien est défiguré et ne retrouvera jamais ce visage d'ange qui avait tant séduit Clémence. On le transfère alors au Val-de-Grâce, dans une chambre réservée aux officiers blessés au visage, chambre dans laquelle tous les miroirs ont été ôtés. Adrien raconte alors les cinq annés qu'il a passé là-bas : les opérations, les visites des proches des blessés qui ne reconnaissent pas leur frère, leur ami ou leur mari, mais aussi les merveilleuses amitiés qui se nouent avec ses compagnons d'infortune...


Je vais avoir du mal à trouver les mots pour qualifier cette lecture tant elle m'a émue et tant j'en suis encore bouleversée.. Perdre son visage, quoi de plus terrible pour un être humain? On vit chacune des étapes avec Adrien, qui est le narrateur : le réveil et la découverte de sa blessure, les différentes opérations pour tenter de reconstruire ce visage à jamais disparu, les lettres rassurantes à ses proches pour prévenir toute visite...jusqu'à sa sortie cinq ans plus tard, moment où il faut affronter le regard des autres et on s'attache énormément à lui. J'ai vraiment eu l'impression de souffrir avec lui, même si la douleur ressentie par ceux qu'on a appelés les « Gueules cassées » reste inimaginable. Penser à tous ces hommes qui ont payé de leur chair pour défendre leur patrie impose le respect. Et même si ce livre est une fiction, des Adrien, il y en a eu des milliers. Et Marc Dugain a un tel talent qu'à aucun moment, on ne pense qu'il s'agit d'une fiction, tout est si réaliste, c'est comme si on pouvait voir Adrien. Voilà une lecture que je ne suis pas prête d'oublier...


Quelques extraits :


« Je comprends pourquoi notre salle se remplit si lentement, pourquoi nous sommes au dernier étage. Dans cette grande salle sans glaces, chacun d'entre nous devient le miroir des autres. »


« La médecine avance, elle fait des pas de géant. D'ici la fin de la guerre, on refera des faces à neuf, comme si rien n'était arrivé. De la destruction massive pour élever le niveau de la connaissance, c'est paradoxal, non? »


« Cette femme préoccupait chacun d'entre nous plus que nous ne le laissions paraître aux autres. Nous faisions cette guerre pour nos femmes et nos enfants, et cette présence féminine à nos côtés, éveillait en nous un double sentiment négatif – échec par rapport à notre mission, et d'impuissance à châtier l'ennemi qui nous avait entraîné dans cette guerre. »

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 19:28
 

Voilà enfin un peu de légèreté après une série d'articles mêlant la mort, le viol et les fous... car vous l'aurez sans doute remarqué, mes lectures sont souvent loin d'être gaies... n'en déduisez pas qu'elles reflètent mon caractère, je vous rassure, je respire la joie de vivre!! Mais là n'est pas la question, revenons-en aux Chroniques...

 

 L'histoire :


Mary Ann Singleton décide un jour de tout plaquer : famille, amis, boulot pour s'installer à San Francisco. Nous sommes dans les années 70 et la jeune femme coincée va peu à peu découvrir un monde qu'elle ne connait pas où se cotoient sexe, drogue et alcool. D'abord logée chez son amie Connie, elle trouve rapidement un appartement à Barbery Lane chez Anna Madrigal, une vieille femme étrange qui accueille ses nouveaux locataires en scotchant un joint sur leur porte. Grâce à l'une de ses voisines, Mona, elle trouve très rapidement du travail dans l'agence de pub d'Edgar Halcyon. Nous suivons alors les pérégrinations de Mary Ann et de nombreux autres personnages qui gravitent autour d'elle : les locataires de madame Madrigal, la famille d'Edgar Halcyon, les amis des uns et des autres...qui finissent tous par se rencontrer au gré du hasard, de manière souvent assez cocasse.


J'ai vraiment beaucoup aimé cette lecture qui m'a fait passer un agréable moment. Je n'ai cessé de sourire à chaque page. Armistead Maupin a vraiment un don pour introduire ses personnages, et si leur quantité peut faire craindre qu'on ne s'emmêle les pinceaux, il n'en est rien! Chacun fait son apparition et trouve sa place auprès de Mary Ann. Et j'ai surtout apprécié la manière dont ils « réapparaissent ». Pour ne citer qu'un exemple, Jon apparaît tout d'abord en tant que gynéco de Dede Day et on le retrouve ensuite comme amant de Beauchamp Day, le mari de Dede. Le monde est très petit à San Francisco puisque tout le monde couche avec tout le monde, hommes et femmes confondus... Et cela prend tout son sens dans la succession de très courts chapitres qui nous font passer d'un endroit à un autre, de personnages à d'autres mais sans jamais nous égarer. Un véritable tour de force!

Et si j'ai autant envie de lire la suite, c'est qu'Armistead Maupin sait également créer le suspense. Qui est véritablement Anna Madrigal? Tout le roman laisse sous-entendre qu'elle cache un terrible mystère, et au moment où l'on s'apprête enfin à connaître la vérité, un terrible retournement de situation nous en prive... Je n'ai qu'une hâte : lire le deuxième tome. D'ailleurs, j'ai résisté jusqu'à maintenant mais le fait d 'écrire cet article ranime une envie irrépressible de connaître la suite. Je vais le commander de ce pas!


Et je finis en remerciant Neph grâce à qui j'ai découvert ce titre. Vous pouvez d'ailleurs lire son très chouette article  ICI

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 17:46
 

C'est également dans le cadre d'une lecture commune que j'ai découvert Terre des oublis et j'avoue que sans ce principe qui me tient beaucoup à coeur, je ne me serais sans doute jamais tournée vers ce livre magnifique qui fut également pour moi l'occasion de découvrir la littérature asiatique.



 

L'histoire :


Miên vit des jours heureux avec Hoan, un riche propriétaire. Un fils est né de leur amour, un amour pur et vrai. Miên a été mariée quatorze ans auparavant avec Bôn, mais celui-ci est décédé à la guerre. Du moins, c'est ce que tout le monde pense jusqu'au jour où Bôn revient. Il a beaucoup souffert durant toutes ces années pendant lesquelles une seule pensée lui permettait de tenir : celle de retrouver sa femme Miên. Que doit faire Miên? Son coeur aime Hoan mais son devoir est de retourner avec son premier mari. Et Miên va écouter son devoir et aller vivre misérablement avec Bôn qui n'a plus rien...


Malgré mon appréhension, j''ai plongé immédiatement dans l'ambiance vietnamienne : ses odeurs, ses couleurs, sa cuisine... Duong Thu Huong retranscrit tout cela de manière très poétique.

Mais surtout, j'ai été profondément touchée par la tragédie qui lie les trois personnages. Si au début, j'ai ressenti un peu de colère envers Bôn qui vient briser la si belle histoire qui unit Miên et Hoan, ce sentiment a très vite disparu. En effet, l'auteur adopte tour à tour les points de vue de chacun des personnages et on s'aperçoit très vite qu'ils souffrent tous énormément et qu'ils sont tous des victimes : victime de la guerre, victime des pressions sociales, victime de pincipes parfois ancestraux... Miên souffre d'être séparée de celui qu'elle aime et de son enfant, qu'elle n'a pas voulu emmener dans la pauvre cabane où elle vit désormais, Hoan est déchiré d'avoir perdu sa femme et Bôn souffre de ne plus être aimé par celle pour qui il a survécu.

Un livre magnifique et très bien écrit. La plume de Thu Huong se veut tantôt poétique, tantôt violente voire crue, mais toujours en adéquation parfaite avec les événements narrés.


" Le parfum des roses et des fleurs de cactus ne pouvait masquer l'absence d'un autre parfum. Cette absence s'infiltrait dans sa chair, son sang, ses nerfs, ses os, l'incendiait chaque jour davantage. Elle se confondait dorénavant au désir de la chair."

" Quand il est revenu, tout le village s'est précipité pour voir l'homme ressorti de la tombe. Ils chuchotaient, assez haut pour que j'entende : "Je vous défie de deviner lequel Miên va choisir. Le premier mari, selon l'honneur et la tradition, ou le deuxième pour l'argent qu'il possède. La femme vertueuse revient à ses premières amours. Quant à la femme dévergondée, je ne sais pas..."


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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 10:17
 

Ce livre m'a été offert par Neph peu avant Noël, et je suis ravie qu'elle m'ait permis de découvrir un tel chef-d'oeuvre! Une lecture dont on ne sort pas indemne...


L'histoire :

Une petite ville d'Alabama dans les années 30. Atticus Finch élève seul Jem et Scout ses deux enfants depuis la mort de sa femme losque Scout n'avait que deux ans. C'est cette dernière, petit garçon manqué, qui nous narre ce roman. Dans une première partie, elle nous dresse le portrait du voisinage, parfois étrange et des membres de sa famille ( lesquels n'approuvent pas vraiment l'éducation qu'Atticus donne à ses enfants, en particulier tante Alexandra qui viendra s'installer chez eux pour tenter d'y remédier). C'est seulement dans la seconde partie que l'oeuvre prend tout son sens : Tom Robinson, un homme noir est accusé d'avoir violé une jeune femme blanche. Et c'est Atticus Finch qui est commis d'office pour le défendre. Et à cette époque où la ségrégation raciale est de mise, ce n'est pas une mince affaire...


J'ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture, surtout la deuxième partie dans laquelle on assiste au procès Tom Robinson alors même que tout est joué d'avance. Et c'est avec le regard innocent d'une enfant que nous le vivons, une enfant qui découvre la méchanceté, le racisme, l'injustice qu'elle ne comprend pas toujours. Une magnifique invitation à réfléchir sur la nature humaine, car si les faits remontent aux années 30, certains sujets me semblent toujours d'actualité.

Mais j'ai aussi découvert une narratrice touchante, avec ses préoccupations d'enfant : son fiancé Dill, ses jeux, ses difficultés à l'école...mêlant ainsi habilement gravité et légèreté du quotidien de l'enfance.


« Vous connaissez la vérité, et la vérité est que certains Noirs mentent, certains Noirs sont immoraux, certains Noirs représentent un danger pour les femmes - noires ou blanches. Mais cette vérité s'applique au genre humain dans son ensemble, pas à une race en particulier. »


« S'il y a qu'une seule sorte de gens, pourquoi n'arivent-ils pas à s'entendre? S'ils se ressemblent, pourquoi passent-ils leur temps à se mépriser les uns les autres? Scout, je crois que je commence à comprendre quelque chose! Je crois que je commence à comprendre pourquoi Boo Radley est resté enfermé tout ce temps. C'est parce qu'il n'a pas envie de sortir. »

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