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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 12:07

En cette rentrée littéraire, on trouve vraiment de tout sur les étals des librairies : du bon, du très bon mais aussi du moins bon... Mes précédentes lectures montrent bien ce mélange. Pourtant, une chose est sûre, dans le lot, il y a quelques pépites, des romans précieux, comme Le wagon par exemple, qui sortent du lot et dont je suis ravie de vous parler en espérant ainsi qu'ils ne se fondent pas définitivement dans la masse. Quand blanchit le monde de Kamila Shamsie fait partie de ceux-là.

 

 

Image hébergée par servimg.comL'histoire :

 

Tout commence en 1945 à Nagasaki. Hiroko Tanaka vit une histoire d'amour avec Konrad, un jeune homme allemand. Ils préfèrent garder leur amour caché en attendant la fin de la guerre, mais la bombe atomique ne leur offrira pas la chance de vivre leur amour au grand jour. Konrad meurt tandis qu'Hiroko est gravement brûlée : elle gardera à vie dans son dos des cicatrices qui prennent la forme de grand oiseaux noirs. Quelques années plus tard, elle décide de se rendre à Delhi, là où vit la demi-soeur de Konrad. Elle s'installe pour quelques temps chez James et Elizabeth et fait la connaissance de Sajjad Ashraf, l'employé de James. L'Inde est alors sous domination britannique et le création du Pakistan sème le trouble au sein de la population. Pourtant, malgré la situation, Hiroko et Sajjad tissent peu à peu des liens très forts... Mais ce ne seront pas les seules difficultés auxquelles le couple devra faire face...

 

Quand blanchit le monde est un roman magnifique dans lequel l'histoire des personnages se mêle étroitement avec l'Histoire avec un grand H. C'est avec un peu d'appréhension que je me suis plongée dans ce long roman, j'avais peur d'être un peu perdue, notamment pour la partie qui se passe à Delhi en 1947 puisque l'Histoire de l'Inde ne m'est pas vraiment familière. Finalement, mes appréhensions se sont rapidement envolées, et je me suis laissée porter par l'écriture de Kamila Shamsie. Cette dernière nous offre un magnifique voyage autour du monde et dans le temps. Elle nous montre comment le monde qui nous entoure, comment l'Histoire que nous construisons est source de blessures profondes pour les hommes. Finalement, l'histoire se répète : aucun endroit au monde ne semble préservé de la violence. Elle nous montre aussi à quel point tout est fragile, et comment par des décisions, des gestes, des paroles qui nous semblent anodins, notre vie peut prendre un tournant totalement inattendu. C'est ainsi que Raza Ashraf se retrouvera, presque malgré lui, dans un camp d'entraînement taliban en Afghanistan, le roman nous emmenant jusqu'aux Etats-Unis au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

 

L'ensemble du roman est porté par le personnage d'Hiroko Tanaka que j'ai trouvé très attachant. Cette femme porte en elle une force incroyable qui lui permet de se relever chaque fois et de repartir de l'avant. J'ai aimé sa douceur, sa grâce, sa vision du monde... Cette femme, pourtant brisée et marquée physiquement, continue à croire que le bonheur existe, elle refuse de se plier aux traditions, n'écoutant que son coeur :

 

"Mais quand elle a pris sa main, il a songé que personne, pas même une mère respectée, n'aurait pu contraindre Hiroko Tanaka à quoi que ce soit. Pourquoi les règles de conduite devraient-elles demeurer identiques alors que la guerre a bouleversé tout le reste? lui a-t-elle demandé une fois. Le passé est mort."

 

" Le monde de Sajjad n'était pas fermé aux étrangers! C'étaient les Burton qui refusaient de sortir de l'Inde du Raj. Et c'était à elle, Hiroko Tanaka, de montrer aux uns et aux autres qu'ils pouvaient se passer de ces murs imaginaires qu'ils avaient dressés entre eux. Konrad avait raison, lorsqu'il affirmait que les barrières étaient faites d'un métal qui se changeait en liquide dès qu'on les touchait de part et d'autre simultanément."

 

Des passages comme ceux-ci, je pourrais en citer des dizaines... C'est tout le roman qui nous invite à réfléchir, qui nous pose des questions essentielles sur l'amour, la paix, la guerre... Un roman touchant, poignant, magnifiquement écrit que je n'oublierai pas de sitôt. Un roman que je vous conseille de découvrir!

 

Ce livre a été chroniqué en partenariat avec Ulike et le site des chroniques de la rentrée littéraire que je remercie chaleureusement pour cette belle expérience!

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 07:00

La lecture du dimanche

 

Ce n'est plus un secret pour ceux qui me connaissent un peu : Amélie Nothomb est un auteur que j'apprécie beaucoup, que je défends souvent - car elle a cette particularité d'être soit adulée, soit détestée - mais qui a, je dois le reconnaître perdu un peu de cette verve extraordinaire qu'elle avait à ses débuts. Pour autant, je ne renonce pas à la lire, et je me plonge chaque fois avec délectation dans ses romans. Et cette fois, encore, c'est une lecture que j'ai eu le plaisir de partager avec Stéphie pour une nouvelle lecture du dimanche!

 

 

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L'histoire :

 

"Ce matin-là, je reçus une lettre d'un genre nouveau." C'est ainsi que commence ce roman : en ouvrant le courrier de ses lecteurs, Amélie Nothomb découvre une lettre de Melvin Mapple, un soldat américain actuellement en mission à Bagdad. L'auteur est intriguée par cette missive qui lui demande juste un peu de compréhension face à la souffrance de ces soldats. Elle décide de lui répondre. Peu à peu, une correspondance s'établit entre Amélie et Melvin qui lui fait des confidences sur un mal qui le ronge : l'obésité. Pour affronter l'horreur des crimes, certains soldats se réfugient dans la nourriture comme d'autres trouveraient réconfort dans l'alcool ou la drogue. Au fur et à mesure des échanges, Amélie est de plus en plus mal à l'aise...

 

Comme pour chaque roman de l'auteur, on entre dans Une forme de vie avec beaucoup de facilité : il faut dire qu'Amélie Nothomb sait susciter l'intérêt du lecteur par une entrée en matière généralement peu commune : ici, elle se met en scène recevant la première lettre du soldat et nous retranscrit son contenu. C'est donc au jeu du roman épistolaire qu'elle se prête cette fois, un genre que j'apprécie beaucoup. Et en effet, le lecteur est rapidement captivé par ces échanges. Et, très vite, une question m'a taraudée : quelle part de vérité autobiographique y-a-t-il dans ce roman? Amélie Nothomb a-t-elle un jour correspondu avec un soldat américain? Dans quelle mesure s'inspire-t-elle de sa correspondance avec ses lecteurs? Ou bien peut-on aller jusqu'à imaginer qu'elle retranscrit ici de véritables échanges? Je n'ose envisager cette dernière possibilité pour deux raisons : la première, c'est que dans ce cas, elle n'aurait pas écrit la moitié du roman. La seconde, c'est que la plume de Melvin Mapple est bien trop Nothombienne pour être authentique... Mais je dois reconnaître que l'idée m'a traversé l'esprit. Et c'est ce que j'apprécie dans les romans d'Amélie Nothomb : cette manipulation du lecteur, cette capacité à nous mettre le doute, sans jamais apporter de réponse, ou si peu... Néanmoins, je ne peux pas dire que j'ai eu un coup de coeur pour ce roman. D'abord, parce que je n'y ai pas retrouvé la truculence de ses premiers romans. Le thème abordé est certes intéressant, le livre se lit vite et sans difficulté mais il manque cette petite touche de folie. J'ai l'impression qu'Amélie devient plus sage avec le temps... Ensuite, je n'ai pas aimé ses réflexions concernant le courrier que lui envoient ses lecteurs ; j'ai vraiment eu l'impression qu'elle cherchait ici à régler certains comptes. J'imagine bien qu'elle reçoit beaucoup de lettres, et que dans le lot, elle doit trouver de bien étranges missives... mais je me dis que certains de ses lecteurs pourraient être froissés à la lecture de ce roman. Même si une nouvelle fois, on peut s'interroger sur la part de vérité des réflexions : Amélie-auteur et Amélie-personnage sont-ils une seule et même personne? La seule chose dont on peut être certain, c'est qu'elle est définitivement insaisissable... Pour finir, j'ai été assez déçue par la fin du roman que j'ai trouvée trop abrupte. Je crois que c'est la première que je termine un livre sans avoir conscience que ce sont les dernières lignes. J'ai tourné la page tout naturellement, pour constater, ahurie, que c'était déjà fini...

 

Un avis plutôt mitigé donc, même si je ne regrette pas cette lecture. J'espère toujours retrouver la plume qui m'avait tant séduite lors de mes premières lectures...

Allons voir maintenant ce qu'en a pensé Stéphie qui, généralement, n'apprécie pas les écrits d'Amélie Nothomb...

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 18:22

Je poursuis mes découvertes de cette rentrée littéraire avec grand intérêt et beaucoup de plaisir. Après Incident de personne dont je vous parlais hier, je vous propose de découvrir Thierry Dancourt et son Jardin d'hiver publié aux éditions de la Table ronde.

 

 

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L'histoire :

 

Le narrateur, Pascal Labarthe se rend à Royan où il a, dit-il, un rendez-vous. Il est en fait à la recherche d'une villa dont il possède la photographie. Cette photo, c'est tout ce que lui a laissé Helen, une jeune anglaise avec qui il a vécu une belle histoire d'amour par le passé alors qu'elle était de passage à Paris. Arrivé à Royan, il descend à l'hôtel Océanic, un hôtel sans prétention sur le point de fermer, son propriétaire prenant sa retraite. D'ailleurs, il est le seul client ce soir-là jusqu'au lendemain matin où arrive Serge Castel, un habitué farfelu et exigeant. Les deux hommes font connaissance de manière un peu brutale. Mais Serge est vendeur pour une grande marque d'électroménager, il fait du porte à porte et Pascal se dit qu'avec un peu de chance, il saura identifier la villa qu'il recherche...

 

Voilà un roman tout en simplicité, à la fois touchant et drôle. Touchant parce que Pascal est à la recherche de son passé, à la recherche de cette femme qu'il a aimée, cette femme avec qui il a vécu quelques mois à Paris, cette femme qui était mariée... Le récit alterne ainsi entre deux époques, celle du passé à Paris, évocation de souvenirs lointains mais toujours aussi fort, et celle de la quête de ce passé à Royan. Royan où Helen avait grandi, Royan où se trouve cette villa devant laquelle elle pose, enfant. Une photographie derrière laquelle elle a écrit un dernier mot lors de leur dernier rendez-vous. Une photo comme une piste, un indice pour la retrouver, ce fameux rendez-vous qu'il pense avoir... Mais finalement un indice dérisoire, car même si Pascal retrouve cette villa, Helen, bien entendu, ne s'y trouve pas...

 

Mais Jardin d'hiver est aussi un roman drôle, car il dresse une galerie de portraits : des personnages étranges que Pascal croise tout au long de sa quête, faisant de celle-ci une aventure souvent cocasse. Marsac, le patron de l'hôtel qui doit tourner une page, prendre sa retraite et qui a du mal à s'y résigner. Il propose d'ailleurs à Pascal et Serge de continuer à y séjourner en son absence, ce qui donne lieu à une rencontre savoureuse avec de potentiels clients. Serge, le VRP un peu fou, qui tient à ses habitudes et qui est désespéré à l'idée de devoir loger dans un autre hôtel. Monsieur Smeyers que Pascal a rencontré à la bibliothèque et qu'il rejoint chaque jour au square pour partager un sandwich. Abigail, la jeune étudiante qui loge actuellement dans la villa... Des tranches de vie qui sont offertes au lecteur, un univers simple, un quotidien routinier, des personnages vrais. J'ai beaucoup aimé l'univers construit par l'auteur, je me suis sentie chez moi dans ce roman qui fait beaucoup appel aux sensations : l'odeur du cuir dans la rover d'Helen, les goutelettes de pluie qui glissent sur la vitre, le goût du pain d'épices, autant de petits détails en apparence anodins mais qui m'ont parlé, qui évoquent la vie tout simplement et ses petits bonheurs furtifs. Un très beau roman que je vous recommande!

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 12:00

La rentrée littéraire a encore frappé et je vous propose aujourd'hui ce livre qui m'a intriguée à cause de son titre. Un "incident de personne" dans le jargon de la SNCF désigne un suicide sur les voies, événement qui entraîne de multiples perturbations dans la circulation ferroviaire... Et lorsque cet incident de personne devient le prétexte à une rencontre, voilà notre lecteur plongé dans une situation peu banale!

 

 

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L'histoire :

 

Dans un train qui le ramène chez lui après deux mois passés à Chypre, un homme songe avec désespoir à son avenir. Déjà ruiné avant son départ, il a dépensé ses dernières économies à Chypre, il voyage sans titre de transport et songe aux nombreuses factures qu'il découvrira dans sa boîte aux lettres dès son retour. Perdu dans ses pensées, il prie pour que la jeune femme assise à ses côtés ne cherche pas à engager la conversation. C'est sans compter sur cet incident de personne : le train freine brutalement, puis s'arrête, laissant les passagers hébétés, inquiets, dans l'attente d'une information qui tarde à venir. Incident de personne, l'information tombe enfin et plonge les passagers dans une étrange atmosphère : quelqu'un vient de se jeter sous le train dans lequel ils se trouvent. Cela risque de durer un moment et l'homme se met tout à coup à bavarder avec sa voisine. Il se confie à cette inconnue, lui livre ses blessures, mais aussi les blessures des autres, lui qui d'habitude tient le rôle de celui qui écoute. Comme si tout d'un coup, à cause de ce mort, là, dehors, il était devenu urgent de parler...

 

J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce roman car dès les premières pages j'ai été gênée par les choix narratifs de l'auteur : l'homme s'adressant directement à l'inconnue assise à ses côtés par le biais d'un "vous". Il ne la connaît pas, il n'a aucune envie de lier conversation, mais déjà il s'adresse à elle. Cela m'a paru assez maladroit et m'a carrément agacée lorsqu'un véritable dialogue s'est instauré entre les deux personnages. En effet, l'auteur a choisi, comme cela se fait beaucoup maintenant, de ne pas respecter les règles du dialogue. Pas de guillemets, pas de tirets, pas de retours à la ligne, rien. Aucun repère pour le lecteur qui doit jongler entre un "vous" qui appartient à la narration et un "vous" qui appartient au dialogue. La frontière est floue, les transitions abruptes, et je n'apprécie pas vraiment de devoir interroger les phrases, voire revenir en arrière pour comprendre... Tout ceci n'est qu'un ressenti personnel, et je sais que certains apprécient cette "modernité" dans l'écriture...

 

Et puis finalement, ce qui m'a agacée dans les premiers chapitres s'est peu à peu effacé. On finit presque par s'habituer... Ou plutôt, mon attention a été détournée de la forme pour se concentrer sur le fond. En effet, Eric Pessan soulève ici de nombreuses questions. Plusieurs thèmes sont abordés, à commencer par le suicide bien évidemment :

 

"Vous avez posé une question sur le suicide, une question si violente que je ne peux m'empêcher de m'interroger à mon tour : mourir, avez-vous déjà songé à mourir? Vous donner la mort volontairement. Vous allonger sur la voie et attendre sans bouger la venue du train, figer chaque muscle au moment où tremble le rail, au moment où le bruit devient assourdissant, fermer les yeux et dominer les instincts qui voudraient vous forcer à vous relever, à rouler sur le bas-côté, à préserver votre vie précieuse."

 

J'ai trouvé ces mots très justes et j'ai aimé la manière dont il nous invite à réfléchir. Et pour le coup, l'emploi du "vous" crée ici l'illusion que l'auteur s'adresse directement à nous lecteur, qu'il nous interroge. Je me suis laissée porter par les propos de ce voyageur inconnu, par ses anecdotes souvent graves, liées à la guerre, à l'écriture... Et surtout j'ai aimé cette ironie du sort, cette rencontre éphémère entre deux personnes qui redeviendront des inconnus dès lors que le train redémarrera, une rencontre liée à un simple incident. A moins que cette rencontre elle-même ne soit un incident... de personnes.

 

Malgré cela, j'ai éprouvé un certain soulagement à la fin du livre car j'ai trouvé qu'il perdait peu à peu de sa crédibilité. Trop de bavardages sans doute, et je laisse la parole au "bavard" qui décrit très bien ce qu'on finit par ressentir :

 

"... vous vous installez dans le train et - pas de chance'- vous tombez sur le passager bavard, dépressif, vaguement inquiétant, celui qui vous tiendra la jambe durant tout le trajet, qui vous racontera sa vie, ses malheurs, ses problèmes, vous montrera ses varices et vous détaillera ses flatulences. Et - comble du maheur - votre train est coincé pour des heures."

 

Pour conclure, si certains passages m'ont vraiment enthousiasmée, dans l'ensemble, je n'ai pas été convaincue par ce roman qui me laisse une impression générale mitigée.

 

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d'un partenariat avec Ulike et le site des Chroniques de la rentrée littéraire.

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 06:41

Au fil de mes pérégrinations sur la blogosphère, j'avais noté sur ma LAL plusieurs titres de l'auteur, notamment L'annulaire que j'étais bien décidée à lire pour ce rendez-vous. Et puis le hasard en a décidé autrement : au moment de passer ma commande, j'ai lu plusieurs résumés des oeuvres de Yôko Ogawa, et celui-ci s'est imposé à moi comme une évidence... Il faut croire que le hasard fait bien les choses!

 

 

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L'histoire :

 

Mari travaille avec sa mère dans l'hôtel familial situé dans une station balnéaire. Un soir, un scandale éclate, réveillant toute la clientèle de l'hôtel. Une femme qui semble être une prostituée sort d'une chambre à moitié dévêtue en hurlant et en insultant l'homme qui s'y trouve de pervers. Lorsque l'homme sort de la chambre, Mari qui a assisté à toute la scène est fascinée : cet homme est un vieillard et il inspire le respect. Lorsqu'elle le croise deux semaines plus tard chez un marchand, elle se met à le suivre sans pouvoir se l'expliquer. L'homme l'a reconnue et engage la conversation. Rapidement, leur relation évolue : Mari qui n'a que dix-sept ans doit ruser pour pouvoir quitter l'hôtel et rejoindre celui qu'elle appelle le traducteur pour de longues balades en ville. Entre chaque rencontre, ils entretiennent une correspondance. Puis un jour, elle accepte de le suivre chez lui, là-bas sur l'île, et là tout bascule... L'homme se révèle adepte des relations sado-masochistes, et si Mari éprouve quelques réticences au début, elle se laisse très vite convaincre et semble y trouver elle-aussi du plaisir...

 

C'est particulier, très particulier, mais j'ai vraiment adoré ce roman. Yôko Ogawa crée un univers très étrange dans ce roman, un univers que l'on peut qualifier de malsain, notamment parce qu'elle met en scène la relation entre une jeune fille et un vieillard. Et comme si cela ne suffisait pas, ce dernier est un pervers qui n'hésite pas à lui faire subir quelques sévices... Alors bien sûr, ce que l'on ressent à la lecture est assez étrange, entre dégoût et fascination. Mais finalement, même si l'homme ne lui laisse pas vraiment le choix la première fois, Mari se prend au jeu et en redemande. Et comme c'est elle la narratrice, le lecteur se veut complice pour ne pas dire voyeur. Mari doit inventer des mensonges pour échapper à sa mère, et je dois reconnaître que comme cette dernière n'est pas des plus sympathiques, j'ai pris plaisir à la voir se faire berner. Il n'y a que la femme de ménage de l'hôtel qui semble avoir vu clair dans le petit jeu de Mari... Encore un personnage qui ne manque pas de piquant! Tous semblent avoir une déviance, une perversité... D'ailleurs, j'ai été assez surprise par cette lecture qui remet en question les préjugés que j'avais sur la littérature asiatique. J'en avais une image plutôt sage, une littérature toute en pudeur, presque "coincée" mais ce n'est pas le cas du tout, même si j'ai pu lire qu'Hôtel Iris était considéré comme le plus extrême des romans de l'auteur.

 

Extrême en effet pour la violence qui s'en dégage et pourtant, à aucun moment, je n'ai trouvé ça vraiment insupportable, parce que par contraste, l'écriture de Yôko Ogawa se veut douce, délicate. On se laisse porter par ses mots, par la simplicité de ses phrases. Les propos presque enfantins de la narratrice viennent adoucir le tout dans un formidable paradoxe. Un paradoxe qui se retrouve au niveau de la lecture : on a envie de condamner cette relation, on éprouve un malaise certain, et pourtant, il est impossible de lâcher ce livre avant de l'avoir fini, et même fini, on n'a qu'une hâte : se plonger dans le prochain Ogawa. Soyez-en certains, je lirai d'autres titres de l'auteur et je compte bien sur vos différents billets pour m'aider à choisir le prochain!

 

logo ogawa

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 06:00
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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 11:30

Lorsque j'ai vu que l'un des titres de la rentrée littéraire proposés par Ulike concernait l'univers concentrationnaire, mon choix s'est immédiatement arrêté dessus. En effet, cette triste période historique m'a toujours beaucoup intéressée et je pense qu'il est important de continuer à écrire dessus pour qu'elle ne sombre pas dans l'oubli...

 

 

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Le wagon, c'est celui dans lequel se trouve le jeune narrateur de vingt et un ans. Ce wagon fait partie du dernier train qui emmena des déportés à Dachau le 2 juillet 1944. Ce wagon, c'est l'horreur, le cauchemar devenu réalité : une centaine d'hommes entassés comme du bétail, une chaleur accablante sans la moindre aération, la faim, la soif mais aussi et surtout la mort. La mort et son odeur... Un voyage qui dure trois jours, trois jours durant lesquels ces hommes côtoient l'enfer. Trois jours que le narrateur nous décrit, presque heure par heure. Trois jours de lutte contre soi-même et contre les autres : la peur, la panique, le dégoût mais aussi l'espoir, parfois, lorsque le train s'arrête.

 

Ce roman m'a souvent rappelé la lecture du Grand Voyage de Jorge Semprun. La différence, c'est que Le wagon n'est pas autobiographique. Pourtant, l'auteur a décidé d'écrire ce roman lorsqu'il a découvert que l'un de ses proches avait fait parti de ce convoi. Il s'est beaucoup documenté, beaucoup renseigné et je trouve ses propos très justes :

 

Tout ce qui est raconté ici est vrai. Tout ce qui est inventé ici est vrai aussi. Bien au-dessous de la réalité. Ce n'est pas une fiction. [...]

Là où aucune image ne peut se former, il faut former une image.

Une image injuste.

Alors tout ce qui est raconté est faux. Ce n'est pas un livre d'Histoire. L'Histoire est bien pire.

Irréelle.

Ceci est un roman.

 

Le wagon est une lecture difficile, ce qui n'est rien comparé à ce qu'ont pu vivre ces hommes. Les phrases sont courtes, le rythme est haché, comme si l'écriture elle aussi avait été douloureuse. Difficile de dire que l'on a aimé un tel texte, et pourtant ce texte est beau, ce texte est bouleversant, si bouleversant qu'il n'est pas évident d'en parler, que je peine à trouver les mots. Y en a-t-il d'ailleurs? Arnaud Rykner nous montre la folie des hommes, leur cruauté. Ce livre nous dit l'indicible : les corps putréfiés, les excréments, le sang, les chairs... Tout ceci paraît tellement incroyable, tellement inhumain... Et pourtant... C'est bien pour cela, qu'il faut lire Le wagon, ou plutôt d'une certaine manière le vivre, pour ne jamais oublier de quoi l'être humain est capable. Les pages se tournent, le livre se ferme mais les mots, les images restent là, bien présents dans l'esprit du lecteur.

 

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d'un partenariat avec le site des Chroniques de la rentrée littéraire et Ulike. Un grand merci à eux.

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 07:00

La lecture du dimanche

 

Quand Cécile - que je remercie - m'a proposé de lire en avant-première un roman à paraître chez Hachette jeunesse dans la collection Blackmoon, vous imaginez bien que je n'ai pas su résister! Et comme ma copine Stéphie est aussi faible que moi, elle a également accepté cette proposition, ce qui donne l'occasion d'en faire une lecture du dimanche!

 

 

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L'histoire :

 

Gisèle a quitté la France pour Broadway où elle espère faire une carrière de danseuse. Elle a conscience des difficultés mais elle n'est pas prête à abandonner. Après avoir attendu une journée entière qu'un agent la reçoive, elle consulte dans un geste désespérée l'agenda abandonné sur le bureau de la secrétaire et apprend qu'une audition a lieu le lendemain au Fairhall. Elle tente le tout pour le tout et se présente. Mais elle ne savais pas qu'il fallait se présenter en couple et elle rate l'audition. Pourtant, Bevan MacLeen, le jeune propriétaire du théâtre la repère et lui propose de l'embaucher en tant que femme de ménage. Il lui permet également d'utiliser la scène en dehors des répétitions. Mais lorsqu'elle danse, Gisèle a l'impression de ne pas être seule, elle sent des souffles chauds dans son cou, et est envahie par une puissance indescriptible. Bientôt, elle entend même des voix...

 

Je dois dire que j'ai été assez emballée par cette lecture. J'ai aimé être plongée dans le monde du spectacle, et notamment dans ses coulisses, où tout n'est pas si rose que ce qui est donné à voir au spectateur. Catherine Kalengula nous décrit les jalousies, la cruauté, l'hypocrisie, les coups bas qui ont lieu au quotidien entre les danseurs, et cela va même très loin! Gisèle y est confrontée mais elle sait garder la tête froide. En cela, je l'ai trouvée très attachante, elle refuse par exemple de se laisser corrompre, elle reste honnête envers elle-même et envers les autres et c'est ce qui lui attire l'amitié de Bevan. Ce dernier a renoncé à toute amitié - jusqu'à Gisèle, et à toute histoire d'amour, car elles sont chaque fois le fruit de personnes intéressées.  J'ai aime cette vision de la vie qui montre aux jeunes qu'on ne devient pas célèbre en claquant des doigts, que c'est un parcours semé d'embûches, mais qu'à force de courage et de persévérance on peut espérer progresser. En effet Gisèle finit par obtenir un tout petit petit rôle au sein de la troupe. J'ai trouvé très sain qu'elle ne soit pas propulsée au premier rôle.

 

Au-delà de cet aspect, il y a l'intrigue construite autour de Chance, ce jeune homme qui s'est suicidé au théâtre il y a plus de quarante ans, un fantôme donc. Fantôme qui vient hanter notre Gisèle l'aidant à améliorer sa technique de danse et qui semble être tombé amoureux de la jeune femme. Je dois dire que ce personnage est assez flippant, qu'il se montre jaloux et parfois violent. J'ai trouvé ce personnage bien construit, notamment en ce qui concerne la raison pour laquelle il erre toujours sur terre que j'ai trouvé très intéressante. Mais pour autant, je ne l'ai absolument pas trouvé sympathique et me suis même étonnée des réactions de Gisèle envers lui. A sa place, j'aurais été complètement terrifiée...

 

Pour terminer, j'ai beaucoup aimé la fin du roman qui fonctionne sous forme de chute, et la révélation m'a surprise. Je ne m'attendais pas vraiment à cela, mais après tout, pourquoi pas?

 

Un nouveau roman jeunesse à découvrir donc! Il sera en librairie dès le 15 septembre.

En attendant, je vous invite à aller lire le billet de Stéphie!

 

 

 

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 20:29

Je vous vois venir... Quoi! Encore!? Eh bien oui, encore! Que voulez-vous ... quand on aime, on ne compte pas! Alors, je vous offre encore aujourd'hui une petite dose d'hémoglobine grâce au forum Livraddict et aux éditions JC Lattès qui ont proposé ce livre en partenariat. Je les remercie tout deux pour cette découverte sanglante!

 

 

 

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L'histoire :

 

Alex Cross travaille pour la police de Washington lorsqu'en 1993, son épouse est assassinée à la sortie de son travail. Maria était assistante sociale et avait reçu les confidences de Marianne, une jeune étudiante, violée et menacée par le Boucher. Veuf, Alex élève ses deux enfants avec l'aide de sa grand-mère. Il décide de quitter la police pour leur consacrer davantage de temps et ouvre un cabinet de psychologue. Mais le boucher continue à sévir, et lorsque, douze ans plus tard, son ancien coéquipier lui demande de reprendre du service pour tenter de le coincer, Alex accepte, se disant qu'il s'agit peut-être de l'assassin de sa femme... Mais le Boucher est malin, et ses victimes refusent de parler...

 

Je crois que je deviens de plus en plus exigeante en matière de thrillers, d'autant que j'en ai lu de très bons, voire d'excellents ces derniers mois... Alors après un roman comme Six-Pack, dont je vous parlais hier, La lame du boucher fait pâle figure... La lecture n'en est pas désagréable, au contraire puisque je l'ai lu en une journée... Les chapitres sont très courts, jamais plus de trois pages et de fait, ça incite à poursuivre la lecture en lui donnant un rythme assez rapide.

 

Pour autant, et malgré la présence de scènes sanglantes, je n'ai pas été convaincue par "l'auteur de thrillers le plus vendu au monde". Pourquoi? Parce qu'il en fait trop, beaucoup trop, si bien que ça en devient caricatural. Un peu comme s'il avait repris toutes les ficelles des bons romans du genre pour les placer coûte que coûte dans celui-ci... Du coup, on se retrouve avec un enquêteur qui décide de quitter la police parce qu'il ne se remet pas de la mort de sa femme et qu'il doit se préoccuper de l'avenir de ses enfants. Un enquêteur qui finalement va reprendre l'enquête, oui, parce que voyez-vous, Alex Cross c'est le meilleur, et sans lui on ne coincera jamais le boucher. Un enquêteur qui en plus, en fait une affaire personnelle, alors forcément il se surpasse parce qu'il va peut-être enfin pouvoir venger sa femme... Mais le pire, c'est le personnage du boucher, je l'ai trouvé si peu crédible qu'il est presque devenu sympathique! Parce que là encore, James Patterson force le trait, tenez-vous bien! Le Boucher est non seulement un excellent tueur à gage, personne ne lui résiste, tout le monde le craint, même les grands de la mafia. Mais cela ne suffit pas, il est également un violeur et un tueur en série, adepte du scalpel. A l'occasion, il pose même des bombes...et s'enfuit en faisant une jolie révérence aux policiers... Après le super-héros, le super-tueur! Et cerise sur le gâteau, notre super-tueur a subi des sévices sexuels dans son enfance.

 

Brisons là. Je pense que vous avez compris... Pour autant, ça se laisse lire... le lecteur a même droit à quelques séquences émotions. Et Alex Cross, qui apparaît dans d'autres romans de l'auteur est un personnage qui apparemment plaît beaucoup. D'ailleurs, peut-être que quelqu'un pourra m'éclairer sur ce qui m'a semblé être une incohérence. Quand sa femme meurt, Alex a deux enfants : Jannie et Damon. Alors qui est Alex Junior, le troisième enfant qui partage sa vie en 2005? Maria venait de lui annoncer sa troisième grossesse avant de mourir, le bébé n'a donc pas pu survivre. C'est moi où l'auteur s'est emmêlé les pinceaux?

 

Une petite déception donc, mais ce roman a au moins le mérite de me permettre de mener à bien mon challenge serial killer initié par Al Capone !

 

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 06:58

Six-Pack, pour moi, c'était jusqu'à il y a quelques semaines le souvenir d'un film terrifiant, vu un dimanche soir sur TF1 alors que j'étais encore étudiante, un film qui m'avait empêchée de bien dormir tant il m'avait remuée... Quand j'ai croisé ce roman sur un blog, il a éveillé en moi ces souvenirs et j'ai aussitôt eu envie de le lire... C'est maintenant chose faite!

 

 

Image hébergée par servimg.com

 

L'histoire :

 

Terrible enquête pour l'inspecteur Daniel Saverne et son adjoint Philippe Risson : voilà la cinquième femme retrouvée massacrée de la même manière : après les avoir éventrées, celui que l'on surnomme Six-Pack, un serial killer complètement psychopathe, leur casse les dents avant de se soulager dans leur bouche. Chaque fois, la victime est abordée dans un lieu qui grouille de monde avant d'être emmenée un peu plus loin, à l'abri des regards. Sperme, mégots, cheveux, empreintes, les indices laissés sur place sont nombreux, mais Six-Pack n'est fiché nulle part : posséder son ADN ne sert à rien. Le seul moyen de sortir de cette impasse est de trouver le lien qui relie les victimes : brunes, blondes, rousses, aucun point commun physique. Alors comment Six-Pack repère-t-il ses victimes? Car de cela, Saverne en est certain : le tueur prépare méticuleusement chacun de ses crimes en repérant l'endroit exact où il va frapper...

 

 

Habituellement, je préfère lire les romans avant de voir leur adaptation au cinéma. Cette fois, c'est un peu différent puisque lorsque j'ai vu ce film, je ne savais même pas qu'il avait été adapté d'un livre. D'ailleurs, cela remonte à une petite dizaine d'années, et du coup, j'en avais oublié une bonne partie. Je gardais surtout le souvenir de la fin et j'ai pris plaisir à reconstruire petit à petit la trame de l'intrigue. Une intrigue excellente d'ailleurs avec deux enquêteurs particulièrement persévérant et un Saverne qui a un sacré mordant. Il n'hésite pas à tenir tête à ses supérieurs, même lorsque ceux-ci sont détachés exceptionnellement du ministère et il poursuit l'enquête même après que celle-ci leur a été retirée. En effet, le suspect que Saverne et Risson finissent par identifier pose problème... Et avant d'aller plus loin, il faut être sûr, absolument et complètement sûr! Je ne peux en dire plus, et préfère vous laisser découvrir par vous-même mais Jean-Hugues Oppel tient ici un serial killer atypique! En parlant de serial killer atypique, il nous en livre un second : Papa Harry que Saverne rencontre lorsqu'il se rend aux Etats-Unis pour rencontrer Charlie, le spécialiste américain en matière de tueurs en série. Papa Harry a perdu sa femme en couches et a décidé alors de fonder quand même une famille, accouchant des femmes enceintes à sa manière... Âmes sensibles, s'abstenir! Pour ma part, je suis friande de ces descriptions glauquissimes et j'ai adoré! De même que l'explication du surnom donné au tueur...

 

Par ailleurs, j'ai apprécié le style de l'auteur que j'ai trouvé particulièrement adapté au thème. Pas de fioritures, un langage parfois cru, un rythme haché, des phrases courtes, non verbales parfois :

 

" L'inspecteur Daniel Saverne renifle. Désabusé. C'est la cinquième fois qu'il renifle cette pestilence. Elle lui est devenue familière. Il s'habitue. Il faut bien."

 

Et chaque nouveau chapitre commence un peu comme un refrain avec un nom en lien avec la lumière. C'est particulièrement réussi car l'auteur parvient chaque fois à rattacher cet élément à la scène qu'il décrit : ça peut être le flash des appareils photos sur la scène de crime ou la flamme du briquet avec lequel Saverne a l'habitude de jouer. J'ai relevé également quelques néologismes savoureux comme le verbe madeleinedeproustiser que je ne manquerai pas de replacer à l'occasion!

 

Un mot pour finir de deux personnages que j'ai appréciés plus que tout : Miss et Wesson, les deux chats de Saverne qui sont évoqués à de nombreuses reprises, car Saverne vit en fait chez ses chats qui le martyrisent. Pour une fois que ce ne sont pas les chats qui sont martyrisés, comme on le voit souvent dans les polars, eh bien, je dis bravo! Ils font leur apparition à plusieurs reprises tout au long du roman, et ils sont vraiment plus que vrais que nature! En tout cas, ils ont su conquérir le coeur de l'amoureuse des chats que je suis!

 

Un vrai coup de coeur donc pour ce thriller qui m'a donné envie de m'intéresser aux autres titres de l'auteur! Et j'en profite pour démarrer ma participation au challenge spécial Serial Killer proposé par Al Capone!

 

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