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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 07:15

C'est en me balladant sur le blog de Clarabel il y a quelques semaines que je suis tombée sur son article concernant cet auteur que je ne connaissais pas du tout. Et immédiatement, j'ai eu envie de découvrir ses oeuvres. J'ai choisi de commencer par La femme de Gilles, le roman qui a fait connaître Madeleine Bourdouxhe, et j'ai bien fait!

 


L'histoire :

Elisa est mariée à Gilles, ils forment un couple uni. Ils ont deux petites filles, des jumelles et Elisa attend un troisième enfant. Mais un soir, alors que Victorine, la soeur d'Elisa vient leur rendre visite, tout bascule. Gilles est pris soudain d'un désir immense pour sa belle-soeur qui s'empresse de s'engager dans la brèche car s'"il y en a chez qui le coeur se développe d'une façon démesurée, pour Victorine, c'était le sexe qui prenait toute la place." C'est alors le début d'une histoire, histoire d'amour pour Gilles qui semble complètement sous l'emprise de sa belle-soeur, mais histoire de sexe pour celle-ci qui ne se contente pas d'un seul amant. Mais Elisa n'est pas dupe, et dès le premier soir, ses soupçons sont éveillés.Soupçons qui deviendront très vite une certitude. Mais Elisa se tait car elle ne veut pas perdre Gilles, et elle endure toutes ces souffrances en silence. Et comble du sacrifice, elle devient même la confidente de Gilles, le consolant lorsque Victorine s'éloigne de lui.


Que de souffrances dans ce roman... et comme j'ai souffert avec Elisa. Une lecture sublime, mais vraiment difficile. Comment supporter le silence d'Elisa? On aurait presque envie de la secouer, de la faire réagir. Mais la peur de perdre Gilles est plus forte que son amour-propre, car comme le suggère le titre, Elisa ne semble exister qu'au travers de son mari.
Un mari à qui j'ai souvent eu envie de mettre des claques. Comment peut-il être aussi faible? Il est d'autant plus odieux que sa femme porte son enfant et qu'il l'abandonne au moment où elle a sans doute le plus besoin de sentir sa présence.
Et j'ose à peine évoquer Victorine tant j'ai éprouvé de la colère à son encontre. Trahir sa propre soeur pour une histoire de fesses... J'avais envie de l'étrangler. D'ailleurs, dans une scène particulièrement violente, Victorine est battue et j'avais presque envie de dire "bien fait!". Je sais, c'est très mal, mais Madeleine Bourdouxhe a un don pour susciter des émotions très vives et la douleur de Victorine semble bien légère en comparaison à celle qu'elle fait endurer à sa soeur.Je ne suis pas ressortie indemne de cette lecture et j'ai hâte de poursuivre ma découverte de cet auteur.

Un morceau de souffrance :

"Et il y ces nuits toutes pareilles où Elisa reste éveillée de douleur devant Gilles endormi. Elle avance les mains vers lui, l'effleure légèrement, approche son visage tout doucement pour ne pas l'éveiller : comme une chatte fureteuse elle découvre sur ce corps une odeur étrangère."

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commentaires

E


Une des dimensions essentielles de ce livre - et d'ailleurs celle qui peut déranger le plus certains lecteurs - c'est l'admiration sans borne que le narrateur voue à Élisa. Je dis bien
admiration et non pitié, car se livre, loin - très loin - d'être féministe, fait l'apologie de la valeur de l'abnégation: le bonheur ne serait pas dans l'accomplissement de soi mais
dans le don de sa personne toute entière aux autres. Ce qui est frappant c'est qu'à aucun moment Élisa ne voudrait d'une autre vie. Elle est même fière de la vie qu'elle mène
et qui fait d'elle ce qu'elle est: un être qui ne vit que pour et par ce qui fait l'essence de la vie: l'amour de la famille, de la terre, de dieu. C'est un être fort qui regarde d'un
oeil presque condescendant les faiblesses, les limites et la superficialité de ceux qui l'entoure parce que son amour à elle est sans borne. Le narrateur prend aussi de la distance, il
montre par ses jugements, par sa propre subjectivité imprégnée dans certains termes utilisés, que les valeurs d'Élisa ne sont plus les siennes et ne sont plus (ne saurait plus être) par
extension celles des femmes d'aujourd'hui. Et pourtant il l'admire...



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A
Souffrance? Oh non je ne veux pas souffrir en lisant lol, la réalité en fait déjà assez. En tout cas, très beau commentaire!
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P


Oui, on ne réagit pas tous de la même manière face à ce type de lecture. J'aime les histoires tristes et difficiles.



A
Souffrance? Oh non je ne veux pas souffrir en lisant lol, la réalité en fait déjà assez. En tout cas, très beau commentaire!
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A
Je pense que c'est une lecture qui m'énerverait beaucoup ! Je passe.
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P

Une lecture au thème énervant en effet. Mais l'écriture est si belle, les sentiments sont si bien évoqués qu'elle en vaut vraiment la peine!


M
C'est un livre lu parfois à l'école en Belgique mais je ne pense pas pouvoir le lire. Je pense que ça me mettrait en colère. Même si l'écriture a l'air très belle !
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P

La colère, c'est le moins qu'on puisse dire! J'étais révoltée.
Mais c'est ce que je cherche quand je lis : être bousculée, touchée...